mardi 8 décembre 2015

Retour au Chili, Puerto Natales et le parc Torres del Paine

Hola los amigos,

Nous voici de retour au Chili pour quelques jours, à Puerto Natales, point de départ pour une belle randonnée itinérante dans le fameux parc de Torres del Paine.
Puerto Natales est une petite ville au bord d'un fjord, reliée au nord du Chili par la mer. Pour venir ici par voie terrestre, il est obligatoire de passer par l'Argentine. Des bateaux de ravitaillement accostent régulièrement dans la petite bourgade, des bacs permettent de rejoindre la rive opposée, les chaloupes sont amarrées dans le petit port de pêche. Ambiance de bout du monde plutôt paisible, les montagnes enneigées nous entourent, le vent souffle fort, et le ciel nuageux laisse passer quelques rayons de soleil. Des images de Patagonie comme nous les imaginions...




    Drapeaux chilien au milieu et patagon à droite



   Originales les poubelles...

La ville sert de halte aux randonneurs en partance pour le parc très prisé de Torres del Paine. Plusieurs options s'offrent au visiteur, allant d'une simple journée de visite en bus et bateau à 8-10 jours de randonnée itinérante. Nous optons pour le circuit dit du "W", circuit que nous effectuerons en autonomie sur quatre jours. Les prévisions météo sont correctes, alors après de bonnes courses pour réunir l'ensemble des victuailles nous accompagnant sur ce trek, nous voilà prêts à partir.



Jour 1 : Glacier Grey
De bon matin, nous prenons un bus nous menant de Puerto Natales au parc en 2h environ. Le vent est déjà fort, mais le ciel est magnifique ! Les paysages sont somptueux : pampa verdoyante, quelques lacs ici et là et le massif de Torres del Paine au loin qui se rapproche. Des guanacos (cousin du lama) et des nandous (espèce d'autruche) gambadent tranquillement dans ces grands espaces. L'entrée dans le parc est le moment pour les gardes de sensibiliser les visiteurs sur le risque d'incendie. Un incendie ravageur avait dévasté des centaines d'hectares de forêt il y a quelques années à cause d'un touriste peu précautionneux... Dans chaque camping, des espaces sont donc dédiés à la cuisine, espaces en dehors desquels il est formellement interdit d'allumer quelque feu que ce soit. Il est d'ailleurs même interdit de fumer sur les sentiers. Vu le nombre de visiteurs quotidiens, ces mesures de prévention ne semblent pas superflues.


   Un guanaco parmi tant d'autres !

Nous prenons ensuite un bateau pour traverser le lac Pehoe, un lac d'un bleu turquoise magnifique sous ce beau soleil. Quel décor avec ces immenses falaises bicolores qui se dressent devant nous !

   Nous ne serons pas seuls...

   Une montagne de sacs !



À mi-journée nous débarquons à Paine Grande où nous plantons rapidement la tente, laissons les gros sacs et partons en aller-retour en mode léger en direction du glacier Grey pour l'après-midi. Sur les flancs du massif, le sentier longe le lac Grey (gris) sur lequel dérivent lentement quelques icebergs. Le glacier Grey au loin, qui semble se diviser en deux langues plongeant dans le lac, paraît gigantesque.






Nous parvenons au mirador, duquel la vue est imprenable sur le glacier. Nous ne nous lassons pas d'observer ces géants de glace, l'effet de surprise ne diminue pas. Nous n'aurons malheureusement pas le temps de continuer plus haut, le sentier dominant et longeant le glacier doit pourtant être fantastique.






Sur le retour en direction de notre bivouac, nous avons la chance de profiter des lumières de fin de journée sur un sentier quasi-déserté.

   Une orchidée...


Ce soir là, le bivouac est couvert de dizaines de tentes et une salle hors-sac bien chauffée permet de manger à l'abri du vent, ce qui n'est pas négligeable. Nous avons droit à un coucher de soleil splendide sur les falaises vers 22h (et oui les journées sont très longues en ce moment !). Suivi d'un lever de pleine lune derrière les Torres... Quelle superbe première journée !


Jour 2 : Vallée des Français
Le ciel est couvert en ce deuxième matin, nous plions le camp et partons rejoindre le camping des Italiens à l'entrée de la vallée des Français à 2h30 de marche.
Nous longeons toujours le lac Pehoe mais, ce matin, sans soleil, il a moins d'éclat. Le fond de l'air est frais, nous avançons au milieu des arbustes et au pied des falaises qui se perdent dans les nuages.
Nous plantons la tente, et comme la veille, montons légers dans la vallée des Français pour l'après-midi.





Le sentier s'enfonce en direction d'un cirque infranchissable de faces verticales. Des gros séracs de glace s'écroulent avec fracas depuis le glacier suspendu qui surplombe la rive droite de la vallée. Des bruits sourds comparables à des grondements de tonnerre retentissent à longueur de journée. À chaque fois, nous avons le réflexe de regarder autour de nous ce qu'il se passe, cherchant d'où provient le bruit et d'où tombe la glace. Impressionnant et pas toujours très rassurant...

    Face à nous

   Et dos à nous !

Rive gauche, des falaises verticales dominent les débats. Ces curieuses formations géologiques interpellent par leurs deux couleurs clairement superposées : ocres à leur base sur les deux premiers tiers tandis qu'une roche violacée prend subitement le relai pour le dernier tiers. Les lignes sont pures, très verticales et elles donneraient presque le tournis depuis le bas...





Le sentier s'arrête à un mirador, la suite étant inaccessible en ce moment. Nous avons une vue sur toutes les falaises délimitant le cirque. Le temps est malheureusement toujours nuageux, mais le plafond nuageux n'étant pas trop bas, nous profitons de ce cadre si atypique.



De retour au bivouac, nous ne traînons pas à engloutir un plat de pâtes avant de filer nous réchauffer dans les duvets.



   5 minutes de streching par jour sur les bons conseils de Doc' Sabine :-)


Jour 3 : Torres del Paine
L'étape du jour est longue, d'autant plus que nous portons notre chargement presque tout du long contrairement aux deux précédentes journées. Direction la dernière branche du "W", au pied des fameux Torres del Paine.
Le lac Pehoe est toujours aussi beau. Des puits de lumières l'éclairent par moment, intensifiant sa couleur bleue turquoise. Nous longeons le lac pendant quelques heures avant de bifurquer en direction des Torres.






Le soleil arrive pour l'après-midi, il fait clairement chaud lorsque le vent s'adoucit. Les rayonnements UV sont très intenses en Patagonie, il vaut mieux rester prudent en abusant de crème solaire et de manches longues. L'indice du jour a d'ailleurs de quoi faire peur...


Nous sommes désormais sur l'itinéraire le plus fréquenté du parc. Le chemin menant aux Torres est également parcouru à la journée par nombre de visiteurs. L'engouement pour cette merveille chilienne est connu de tous, alors nous ne pouvons que suivre le flot. Cette dernière vallée est la plus étroite et dans un premier temps le chemin serpente à flanc de coteau.



Nous parvenons au camping Torre en fin d'après-midi et plantons rapidement la tente, pas fâchés de trouver un petit emplacement encore disponible. Le soleil est toujours de la partie, nous trouvons encore l'énergie de monter jusqu'au point de vue le plus haut. Après 30 minutes d'ascension plutôt raide, les tours se dévoilent au-dessus du petit lac glaciaire. Quel décor imposant... L'idée fut bonne, car le lendemain les nuages nous auraient empêchés de profiter pleinement de la vue. Nous ne restons cependant pas bien longtemps au sommet, nous avons déjà perdu de nombreux degrés et le vent s'est levé. 




Jour 4 : Retour à Puerto Natales 
La lumière "parfaite" sur les Torres ne sera donc pas au menu de ce début de matinée. Nous restons sur les belles images de la veille et prenons tout notre temps ce matin pour plier bagages et redescendre.
Le temps se lève finalement et la vallée se remplit doucement de ses visiteurs quotidiens, nous descendons avec la vue au loin sur la pampa. Nous retrouvons le fameux lac turquoise et des sommets au loin se dégagent.





En début d'après-midi nous sautons dans une première navette, puis une deuxième, et sombrons tous dans un profond sommeil le temps du retour à Puerto Natales. Le sourire aux lèvres, des souvenirs plein la tête, nous bouclons ce séjour au Chili dans un restaurant où ceviche et saumon nous feront le plus grand bien !

    En attendant la deuxième navette, les tours nous font un dernier cadeau...



Au final, ce fut un très beau circuit, sa réputation n'est plus à faire. La boucle complète en "O" sur 8 jours environ doit être somptueuse. Mais l'idée de partir 8 jours en autonomie et donc de porter les vivres nécessaires nous a vite refroidis. Et puis les jours défilent, il nous faut maintenant rejoindre Ushuaia sans trop tarder...

La bise itinérante


samedi 5 décembre 2015

El Calafate et son majestueux glacier le Perito Moreno

Hola todos !

Après cette halte à El Chalten, nous prenons la direction El Calafate en bus, toujours un peu plus au sud. Ville au pied des Andes, El Calafate est connue pour être le principal point de départ pour le fameux glacier Perito Moreno.


Nous traversons d'abord 250km de pampa argentine, où l'herbe rase règne sans partage. Le vent est omniprésent, nous sommes contents de ne pas nous déplacer en vélo sur ces grandes lignes droites sans fin... Nous arrivons sous un grand soleil à El Calafate, cette petite ville a des airs de Chamonix avec sa rue principale pleine de grandes boutiques, des agences de voyage, d'excursion ou de trekking et surtout des hordes de touristes de passage pour aller au Perito Moreno.



   Le glacier des Bossons est loin, très loin de nous...


   Fruits El Calafate en pleine croissance. Ce fruit a donné son nom à la ville.


    Du coup il faut bien gouter aux spécialités locales : glace au dulce de lèche (confiture de lait) et au El Calafate 

Une visite au Glaciarium, musée sur les glaciers en général appliqué aux glaciers patagons, nous rafraîchit les idées. La calotte glaciaire "Campo Hielo Sur" est décidément immense, nous la voyons et suivons depuis déjà un moment (depuis Rio Tranquilo !) et ce n'est pas encore fini...


    Campo Hielo Sur = Hielo Patagonico Sur

La ville d'El Calafate est située au bord du Lago Argentino, un immense lac d'un bleu turquoise splendide. La chance continue à nous sourire, le soleil brille intensément. Quelle chance ! En se rapprochant du bord du lac, nous faisons la rencontre d'un jeune Uruguayen-Argentin, Augustin, installé ici. Voulant pratiquer son français, nous poursuivons la balade tous les quatre ! L'occasion pour nous d'en apprendre un peu plus sur ses deux pays d'origine. Et de s'adonner à la dégustation de maté. 












Mais le maté, qu'est-ce donc? Les Argentins et les Chiliens de Patagonie ne peuvent s'en passer. A longueur de journée, nous les observons siroter un truc bizarre dans une petite calebasse grâce à une drôle de paille métallique, et avec un thermos d'eau chaude sous le bras. Cette calebasse est pleine d'herbe trempant dans l'eau chaude. Ça nous surprend toujours de les voir se balader sans arrêt avec cet attirail encombrant. Mais pourquoi donc ? Est-ce si bon ?
Le maté est une institution ici : il est à l'Argentine ce que le café est à l'Italie, le thé à l'Angleterre ou encore la coca aux Boliviens ! L'objet (la calebasse) est convivial, il passe facilement d'une bouche à l'autre. Augustin nous apprend à préparer le maté de A à Z et évidemment, nous partageons la dégustation avec lui. Et nous devons avouer que nous avons chacun une réaction différente : "Urck buaaa", "ah, ouaip... euh qui veut finir ?!" ou encore "ça passe mieux après quelques gorgées !". Le maté a clairement un goût d'herbe, de foin, ou encore l'amertume de l'artichaut. Les filles ne sont pas séduites, mais Vincent y prendrait presque goût (on dit bien presque...) en enchaînant bien quatre tournées avec Augustin. Il est cependant loin du rythme argentin : eux enchaînent les matés à longueur de journée, dans toutes les circonstances. Le maté a entre autre des vertus de coupe-faim ou encore énergisantes...





Nous logeons chez l'habitant ces jours-ci, et nous assistons en live sur l'écran de télévision au résultat du deuxième tour des élections présidentielles. Nous vivons la soirée pleine de suspense avec la famille chez qui nous habitons. Malheureusement pour cette famille, leur poulain ne gagnera pas. La présidente sortante est originaire de la région d'El Calafate, donc forcément par ici son parti est plus populaire que celui du candidat de l'opposition venant de Buenos Aires. En conséquence, le 22 novembre 2015 a été voté le changement de parti au pouvoir argentin. Le nouvel élu a promis de revaloriser le peso argentin en perdition ces dernières années. À suivre...




   Nous voilà bien installés !

Le lendemain nous partons voir, roulements de tambour... Attention... Le réputé, le fameux, le légendaire, le mythique glacier Perito Moreno !!! Nous commençons à en avoir vu des glaciers incroyables, gigantesques et magnifiques, mais pourtant nous avons hâte de découvrir cette merveille qui fait tant parler... Le soleil est encore de la partie ce matin. Nous effectuons les 80km qui nous séparent du glacier en taxi. Le chauffeur rustre et sec au premier abord lors de la négociation de la veille sera finalement aux petits soins pour nous. Nous longeons le lac toujours aussi beau, nous nous rapprochons de la cordillère et de ses sommets enneigés. Malgré plusieurs dizaines de kilomètres avalés, nous ne voyons toujours pas ce fameux glacier. Lorsque soudain il se dévoile... Quelle impression au premier "Mirador de los suspiros", le Mirador des soupirs, nom qui laisse présager de l'attitude des visiteurs bluffés. En arrivant, nombreux sont ceux qui laissent échapper un "pfiou !" Et nous n'échapperons pas à la règle...



Une fois arrivés au bout de la route nous nous contentons de rester sur les passerelles qui font face au glacier. L'aménagement du site est parfait, des passerelles sur des centaines de mètres dispatchent le flot de personnes si bien que nous oublions presque cet afflux touristique. Les points de vue sur le glacier Perito Moreno venant se jeter dans le lac sont imprenables...





Et bien comment vous dire... il est beau, grand, fort ?!? Oui mais encore plus, encore beaucoup plus. En fait ce glacier dépasse tout ce que nous sommes capables d'imaginer. Il s'agit d'une langue de glace de 14km de long sur 4km de large, qui se termine par une falaise de glace de 60m au moins au-dessus de l'eau. De plus, ce glacier avance plus qu'il ne recule ce qui est particulièrement rare, et à une vitesse folle : jusqu'à 2m/jour. Le tout lui confère cette réputation remarquable ! Séance photo oblige, voici un aperçu de ce lieu saisissant. Et imaginez-vous face à ce géant de glace...











Des bruit lourds et sourds résonnent régulièrement... Ce sont de gigantesques blocs de glace qui tombent dans l'eau. Les fracas sont impressionnants ! Par chance, au cours de la journée, nous verrons plusieurs blocs se décrocher de la langue, générer une grosse vague à la surface du lac pourtant bien calme, et se transformer en iceberg dérivant lentement... Les heures défilent, nous sommes scotchés face à ce spectacle incroyable. 




    Avant...


    Après la chute !

Forcément, nous quittons ce site magique des étoiles plein les yeux, conscients d'avoir pu observer une merveille de la nature, bluffante, écrasante de démesure et si fragile en même temps. 

À l'heure où la COP21 à Paris suscite tant d'attentes et d'espoirs, la vision de ce glacier appelle à d'autant plus de questionnements. Que deviendront tous ces environnements glaciaires dans 10, 20, 50 ou 100 ans ?!? Nous craignons de le savoir, mais nous espérons secrètement que de telles merveilles puissent toucher profondément et rapidement les grands décideurs de l'avenir de notre bonne vielle Terre...



La bise gelée !